
Neuf écoles de Flandre orientale appliqueront un régime de neutralité religieuse à partir de l’année scolaire 2026-2027. La décision a été contestée en justice par six élèves et trois organisations non gouvernementales, mais le Conseil d’État a rejeté la demande de suspension. Les partisans de l’interdiction estiment qu’un environnement scolaire neutre est nécessaire, tandis que les critiques parlent d’« exclusion structurelle » des jeunes filles musulmanes.
(Rédaction : Belgique / Éducation & Société)
À partir du 1er septembre 2026, neuf écoles secondaires provinciales de Flandre orientale appliqueront un régime de neutralité religieuse et politique. Le nouveau règlement interdit aux élèves et au personnel enseignant de porter des « signes, symboles ou vêtements exprimant une conviction religieuse, idéologique ou politique ». L’interdiction vise explicitement les foulards islamiques, mais aussi les crucifix, les kippas et les badges de parti.
Un long chemin vers l’interdiction
La proposition avait initialement été approuvée par le Conseil provincial de Flandre orientale en avril 2025, avec une entrée en vigueur prévue en septembre 2025. Toutefois, la ministre flamande de l’Intérieur, Hilde Crevits (CD&V), a annulé la décision en raison d’une erreur de procédure. La province n’a pas contesté cette annulation, mais a annoncé qu’elle réintroduirait la proposition pour l’année scolaire suivante.
En décembre 2025, le nouveau règlement a été adopté à une majorité plus large – cette fois, le partenaire de coalition a voté en faveur. Six élèves du campus Richtpunt à Gand et trois organisations non gouvernementales ont contesté la décision devant le Conseil d’État, invoquant des violations du droit à l’éducation, de la liberté de religion et du principe d’égalité. En mai 2026, le Conseil d’État a rejeté la demande de suspension, estimant qu’il n’y avait pas d’urgence et que les élèves pouvaient trouver des alternatives éducatives dans d’autres établissements. La procédure au fond concernant la légalité de l’interdiction est toujours en cours.
Arguments des partisans : neutralité et valeurs démocratiques
Le premier adjoint Kurt Moens (N-VA) défend cette mesure au nom de la neutralité scolaire. « La société est diverse ; c’est la réalité. Nous devons gérer cette réalité de manière appropriée. C’est pourquoi nous estimons important de nous concentrer sur ce qui nous unit : nos valeurs démocratiques et ce que nous avons acquis en Occident », a-t-il déclaré. Moens a souligné que l’interdiction s’applique à tout le monde – aux élèves comme aux enseignants – et que l’objectif est de créer un environnement scolaire dans lequel chaque élève peut se développer librement, sans pression.
Critiques : « exclusion structurelle » des jeunes filles musulmanes
Les organisations opposées à l’interdiction, dont l’initiative « My School, My Choice » (Mijn School, Mijn Keuze) et des groupes féministes, considèrent cette mesure comme discriminatoire. « Une interdiction du foulard n’est pas une mesure neutre, mais une décision qui, dans la pratique, conduit à l’exclusion structurelle des jeunes filles musulmanes du système éducatif. Elles sont contraintes de choisir entre l’éducation et leur identité », a déclaré Nadia El Omari.
L’avocat Timo Lehaen, qui représente les élèves, a souligné que quatre des six élèves sont en dernière année de l’enseignement secondaire et ne peuvent pas poursuivre leurs études ailleurs. « Pour au moins deux des élèves, il n’existe pas d’alternative. Ils sont orientés vers une école à Zottegem où, en théorie, il n’y a pas d’interdiction, mais où, en pratique, celle-ci s’applique », a-t-il expliqué.
Une étude menée par Samia Bachiri, étudiante à la KU Leuven, a montré que les jeunes femmes musulmanes perçoivent l’interdiction comme une forme d’exclusion. « L’interdiction du foulard leur donne précisément le sentiment d’être exclues. Il est inacceptable que, chaque jour, à l’école, lors d’un entretien d’embauche ou au travail, nous devions choisir entre les études ou le travail et le foulard ou notre identité. »
Une interdiction qui soulève des questions fondamentales
L’interdiction du foulard dans les écoles de Flandre orientale remet au premier plan un débat plus large sur la place des symboles religieux dans l’espace public et sur l’équilibre entre la neutralité des institutions de l’État et les droits individuels. Alors que la procédure au fond se poursuit, il reste à voir si les tribunaux belges confirmeront définitivement cette mesure ou s’ils considéreront qu’elle porte atteinte aux droits fondamentaux des élèves.







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