
Alors que la Belgique est confrontée à des tensions communautaires, la frontière entre les zones germanique et romane est l’une des divisions les plus anciennes et les plus stables du continent. Un internaute explique pourquoi Bruxelles s’est francisée, pourquoi la Wallonie parle aujourd’hui français et pourquoi la frontière linguistique actuelle n’est que l’ombre d’une réalité bien plus complexe.
(personnel : Belgique / Histoire et société)
Au cœur de l’Europe, une ligne invisible sépare le monde germanique du monde roman. Cette frontière linguistique n’est pas une invention de l’État belge, mais une réalité qui existe depuis plus de 1 500 ans. Sur un réseau social, Ludo Mineur, un ancien facteur passionné d’histoire, a expliqué dans une réponse détaillée comment cette frontière a survécu aux empires et a façonné l’identité de la Belgique d’aujourd’hui.
Une frontière vieille de 1 500 ans
Mineur souligne que la frontière linguistique actuelle n’est pas une création artificielle. Elle sépare naturellement la zone germanique (néerlandais, allemand) de la zone romane (français, wallon). La même frontière se retrouve au Luxembourg, dans l’est de la France, en Suisse et dans les Alpes, où elle sépare l’allemand de l’italien. “Cette frontière a fait preuve d’une robustesse considérable au fil du temps”, écrit-il. La seule exception notable se trouve sur la côte de la mer du Nord, où le néerlandais a perdu environ 100 kilomètres au profit du français.
Dans le Brabant, cependant, la frontière se trouve à peu près à la même position depuis au moins 1 500 ans, avec de petites fluctuations qui ont parfois favorisé le néerlandais, parfois le français.
Pourquoi Bruxelles s’est-elle francisée ?
Selon Mineur, Bruxelles est le seul endroit en Belgique où l’on peut véritablement parler de “verfransing” (francisation) au détriment du néerlandais. La cause principale en est la Révolution industrielle, qui a créé une bourgeoisie aisée qui se reflétait dans l’ancienne noblesse. Comme le français était depuis plusieurs siècles la langue de la diplomatie, et que la diplomatie était une affaire de noblesse, la bourgeoisie a adopté le français pour se distancier du peuple. À Bruxelles, la frontière linguistique était plus sociale que géographique : le peuple continuait à parler le dialecte brabançon, tandis que la bourgeoisie choisissait le français.
Mineur souligne que le rôle du néerlandais à Bruxelles ne doit pas être sous-estimé. La langue a survécu, même si c’est sous une forme plus discrète. Bruxelles n’a d’ailleurs jamais été wallonophone – contrairement à la Wallonie.
Comment la Wallonie est-elle devenue francophone ?
C’est un élément essentiel de la réponse. Mineur explique qu’aujourd’hui, en Wallonie, on parle français à la place du wallon et du picard. Ce processus n’est pas directement lié à la Révolution industrielle, mais surtout à l’application stricte de l’instruction obligatoire après la Première Guerre mondiale. Comme les écoles enseignaient en français, les enfants wallons ont appris cette langue en masse, surtout pendant l’entre-deux-guerres. En seulement deux ou trois générations, les Wallons ont perdu leurs langues maternelles, les remplaçant par le français. Aujourd’hui, le wallon et le picard sont mourants – à l’exception de quelques initiatives folkloriques.
Mineur souligne que la Wallonie n’a jamais été néerlandophone. Dans des villes comme Liège et Namur, on parlait le wallon, et à Mons et Tournai, le picard. Cette francisation de la Wallonie est même plus récente que celle de Bruxelles.
Une frontière perméable
Un aspect souvent négligé est que la frontière linguistique n’a jamais été imperméable. Dans le passé, les commerçants flamands parlaient le wallon pour faire des affaires en Wallonie, et inversement. Le bilinguisme était une réalité pratique dans les zones frontalières. Mineur donne l’exemple du peintre Rogier Van der Weyden, qui est né sous le nom de Roger de la Pasture et a simplement traduit son nom en néerlandais.
Que disent les commentaires ?
La discussion a suscité de nombreuses réactions. Certains internautes ont fourni des exemples de localités aux noms doubles (par exemple, Jodoigne/Geldenaken, Wavre/Waver, Heylissem/Hélécine), montrant que la frontière est encore visible dans la toponymie. D’autres ont soulevé la question de la migration : les Wallons qui s’installent en Flandre restent souvent monolingues, tandis que les Flamands qui s’installent en Wallonie deviennent bilingues puis s’intègrent.
Conclusion
La frontière linguistique belge n’est pas une création politique, mais une réalité historique et culturelle profondément enracinée. Elle sépare deux mondes qui ont coexisté pendant des siècles, mais qui ont été façonnés par des forces différentes. La francisation de Bruxelles a été un phénomène social, tandis que la francisation de la Wallonie a été un résultat de l’éducation. Comprendre cette histoire est essentiel pour comprendre la complexité de la Belgique d’aujourd’hui.







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